<![CDATA[zaim si BOUMEDIENE, personnalite exceptionnelle d'ALGERIE]]> http://bourorga.dzblog.com NC fr Mon, 16 Jun 2008 12:01:46 GMT Mon, 16 Jun 2008 12:01:46 GMT dzblog.com v0.2 <![CDATA[HYMNE ALGERIEN]]> http://bourorga.dzblog.com/article-245375.html


HYMNE ALGERIEN
de Mufdi ZAKARIAH
Version française

Par les foudres qui anéantissent,
Par les flots de sang pur et sans tache,
Par les drapeaux flottants qui flottent
Sur les hauts djebel orgueilleux et fiers,
Nous jurons nous être révoltés pour vivre ou pour mourir,
Et nous avons juré de mourir pour que vive l'Algérie !
Témoignez ! Témoignez ! Témoignez !

Nous sommes des soldats pour la justice, révoltés,
Et pour notre indépendance nous avons engagé le combat,
Nous n'avons obéi à nulle injonction en nous soulevant.
Le bruit de la poudre a été notre mesure
Et le crépitement des mitrailleuse notre chant favori.
Et nous avons juré de mourir pour que vive l'Algérie !
Témoignez ! Témoignez ! Témoignez !

Sur nos héros nous bâtirons une gloire
Et sur nos corps nous monterons à l'immortalité,
Sur nos âmes, nous construirons une armée
Et de notre espoir nous lèverons l'étendard.
Front de la Libération , nous t'avons prêté serment
Et nous avons juré de mourir pour que vive l'Algérie !
Témoignez ! Témoignez ! Témoignez !

 


Ô France ! le temps des palabres est révolu
Nous l' avons clos comme on ferme un livre
Ô France ! voici venu le jour où il faut rendre des comptes!
Prépare toi ! Voici notre réponse!
Le verdict, notre Révolution le rendra
Car, nous avons décidé que l'Algérie vivra
Témoignez ! Témoignez ! Témoignez !


Le cri de la patrie monte des champs de bataille.
Ecoutez-le et répondez à l'appel.
Ecrivez-le dans le sang des martyrs
Et dictez-le aux générations futures.
Nous t'avons donné la main, ô gloire,
Et nous avons juré de mourir pour que vive l'Algérie !
Témoignez ! Témoignez ! Témoignez !


 

 

Version algérienne

 

 



Qassaman binnazilat ilmahiqat
Waddimaa izzakiyat ittahirat
Qassa walbonood illamiaat ilkhafiqat
F'Ilgibal ishshamikhat ishshahiqat
Nahno thurna fahayaton aw ma maaat
Wa aqadna alazma an tahya algazair
Fashhadoo ! Fashhadoo ! Fashhadoo !

Nahno gondon fi sabil il hakki thorna
Wa ila isstiqlalina bilharbi kumna.
Lam yakon yossgha lana lamma natakna
Fattakhathna rannat aibaroodi wazna.
Wa azafna naghamat alrashshashi lahna
Wa aqadna alazmat an tahya algazair.
Fashhadoo ! Fashhadoo ! Fashhadoo !

Nahno min abtalina nadfaoo gondan
Wa ala ashlaina nassnaoo magdan.
Wa ala hamatina narfao bandan.
Gabhato' ltahreeri aataynaki ahdan
Wa aqadna alazma an tahya algazair.
Fashhadoo ! Fashhadoo ! Fashhadoo !

Sarkhato 'lawtani min sah ilfida
Issmaooha wasstageebo linnida
Waktobooha bidimaa ilshohadaa
Wakraooha libany ilgeeli ghadan.
Kad madadna laka ya magdo yada
Wa aqadna alazma an tahya algazair.
Fashhadoo ! Fashhadoo ! Fashhadoo
!

 

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Mon, 16 Jun 2008 12:01:46 GMT http://bourorga.dzblog.com/article-245375.html
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Mon, 16 Jun 2008 11:48:03 GMT http://bourorga.dzblog.com/article-245374.html
KASDI MERBAH http://bourorga.dzblog.com/article-206096.html Kasdi Merbah (1938-1993), de son vrai nom Khalef Abdellah, est un homme politique algérien, chef du gouvernement de l'Algérie du 5 novembre 1988 au 9 septembre 1989.

Il est membre du FLN lors de la guerre d'Algérie. Kasdi Merbah a créé un parti politique dénommé « Mouvement algérien pour la justice et la démocratie » (MAJD). Après l'indépendance, Kasdi Merbah occupe successivement les postes de coordonnateur des services de sécurité puis de secrétaire général du ministère de la défense nationale avant d'entrer au gouvernement comme vice-ministre de la défense nationale, puis ministre de l'industrie lourde, de l'agriculture et enfin de la santé. Au lendemain des émeutes d'octobre 1988, après la révision constitutionnelle qui entraine la création de la fonction de chef du gouvernement, le président Chadli Bendjedid le nomme premier ministre.

Il est assassiné le 21 août 1993, au moment de la « décennie noire »


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Sun, 30 Dec 2007 11:39:12 GMT http://bourorga.dzblog.com/article-206096.html
mouloud HAMROUCHE http://bourorga.dzblog.com/article-206093.html Mouloud Hamrouche

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Mouloud Hamrouche (مولود حمروش), chef du Gouvernement des réformateurs de septembre 1989 à juin 1991, candidat à la présidentielle de 1999 sous le slogan du changement, est l'homme qui a ouvert le plus d'espaces de libertés dans l'Algérie indépendante.

Rien ne prédestinait cet enfant timide, natif de Constantine en 1943, à symboliser la liberté dans l'Algérie de la tourmente. Mais l'enfant grandit vite, trop vite. Toute sa famille est impliquée dans la guerre de libération, déclenchée alors qu'il a à peine onze ans. Ses frères sont au maquis ou dans les structures FLN à Tunis, sa mère est militante, une de sœurs fera de la prison alors qu'elle est enceinte, son père est tué par l'armée française devant ses yeux.

Malgré son jeune âge, Mouloud Hamrouche est rapidement intégré dans les réseaux FLN. Il accomplit de multiples petites missions de liaison et de contact, dévolues aux jeunes de son âge, et effectue le grand saut à quinze ans, lorsqu'il mène son premier attentat : il fait exploser une grenade rue de France, à Constantine.

Il rejoint rapidement un maquis de la Wilaya II, dirigé par Messaoud Boudjeriou. Il connaît alors la grandeur et la précarité de la vie des moudjahidine. Mais en raison de son jeune âge, il est évacué vers la Tunisie. Ils sont plusieurs dizaines à entreprendre ce périlleux voyage. Ils seront treize à arriver en territoire tunisien, après trois mois d'errance.

En Tunisie, il est intégré pendant une courte période dans les services de l'éducation de l'ALN. Il donne des cours à des moudjahidine en formation, en transit ou blessés. Il est ensuite envoyé en Irak où il subit une formation militaire. Il obtient le grade de sous-lieutenant, qui sera le sien à l'indépendance en 1962.

De retour en Algérie, Mouloud Hamrouche est officier instructeur. Il est notamment muté à Boghar, au sud de Médéa, dans un célèbre centre d'instruction situé dans cette ville au climat rugueux: froid et neige en hiver, chaleur extrême en été.

De là, Houari Boumediene, qu'il avait rencontré aux frontières pendant la guerre de libération, le fait muter à la présidence de la République, au service du protocole. Mouloud Hamrouche en profite pour reprendre ses études, décroche un magister en droit et sciences politiques, avec une thèse sur le « phénomène militaire en Afrique » : son expérience avec l'armée ne fait que commencer. Il obtient une bourse pour une formation de deux ans en Angleterre.

Les réformateurs

Devenu directeur du protocole sous Houari Boumediene, il conserve le même poste avec Chadli Bendjedid, avant de devenir secrétaire général du gouvernement puis secrétaire général de la présidence. A partir de ce poste, il commence à élaborer ce qui sera connu plus tard sous le nom de réformes. L'équipe des réformateurs est née, autour de Mouloud Hamrouche, qui a entre-temps quitté l'armée avec le grade de lieutenant-colonel.

Auparavant, le Président Chadli Bendjedid avait tenté des ouvertures, mais s'était trouvé confronté aux appareils et aux lourdeurs du système. Les réformateurs lui donneront enfin les fondements théoriques et pratiques nécessaires pour tenter de faire bouger le pays.

Hamrouche prend contact avec les chefs d'entreprises, les économistes, les juristes, en rencontre des milliers, et finit par arriver à une conclusion centrale: seule une réforme radicale du système politique et économique peut ouvrir de nouvelles perspectives au pays.

La réforme économique donne l'autonomie aux entreprises publiques, ouvre la voie à l'investissement privé, la réforme de l'agriculture s'oriente vers la privatisation à terme. Mais la démarche bute sur le blocage politique : il est impossible d'avancer avec un système de parti unique.

Les tragiques évènements d'octobre 1988 débloquent la situation. Une nouvelle Constitution ouvre la voie au multipartisme, libère les associations et la parole.

C'est dans ce contexte que Mouloud Hamrouche est nommé à la tête du Gouvernement pour succéder à Kasdi Merbah en septembre 1989. Il a quarante cinq ans. Il se lance dans une politique d'ouverture tous azimuts, met en place les mécanismes pratiques de libération de la société et pour l'établissement de règles politiques et économiques solides. Il fait adopter la loi sur la monnaie et le crédit, pièce centrale de la gestion de l'économie, donne naissance à la presse privée, ouvre totalement les médias publics, encourage les partis. C'est une période d'euphorie démocratique sans précédent dans l'histoire de l'Algérie indépendante.

Le premier coup de semonce vient de la victoire du FIS aux élections locales de juin 1990. Mais Hamrouche ne s'alarme pas outre mesure. Pour lui, c'est une période de ras-le-bol, de bouillonnement transitoire, durant laquelle la société s'exprime de manière désordonnée, souvent pour les courants les plus radicaux.

Il tente, en parallèle, d'assurer la mutation du FLN, pour en faire un parti moderne, en mesure de faire face au FIS. L'occasion se présente pour l'année suivante, avec les législatives. Le FLN adopte une règle simple ; les candidats aux législatives doivent être élus par leur base, qui bénéficie de la totale liberté dans ce domaine. La plupart des barons du FLN, sans lien avec la société, n'arrivent même pas à être candidats.

Le système est ébranlé. Il réagit fermement. Il pousse à la création d'alliances contre-nature entre différents courants ayant pour seul objectif la fin des réformes. Sept partis dénoncent le découpage électoral mis en place pour les législatives de juin 1991. Leur action n'a pas beaucoup d'effet. C'est alors que le FIS entre en jeu. Il lance une grève générale pour éviter le déroulement des législatives, lui aussi contestant le découpage électoral.

Alors que la grève s'oriente vers l'échec, l'armée décide d'intervenir. Le Président Chadli Bendjedid et le ministre de la défense Khaled Nezzar déploient les troupes autour d'Alger, et veulent forcer Hamrouche à changer de démarche. Il démissionne. L'état d'urgence est proclamé et un nouveau gouvernement est formé, chargé d'organiser de nouvelles législatives en décembre 1991.

Hamrouche fait campagne pour le FLN, mais les dés sont visiblement truqués. Tout est fait pour assurer la participation du FIS et rien n'est fait pour éviter sa victoire qui se dessine. Le 26 décembre 1991, c'est le raz-de-marée du FIS.

Le pouvoir décide de mettre fin aux élections, de pousser Chadli Bendjedid à la sortie, et d'instituer un Haut Comité d'Etat présidé par Mohamed Boudiaf, qui sera assassiné moins de six mois plus tard par un de ses gardes du corps. Le terrorisme s'installe.

Hamrouche, qui connaît bien le système et son fonctionnement, refuse l'arrêt des élections, prône le dialogue et un retour vers la société. En vain. Il prône également une refondation du FLN, dirigé par Abdelhamid Mehri. Le FLN est repris en mains par le système, qui réussit finalement à faire éjecter Mehri.

Hamrouche refuse d'être candidat à la présidentielle de 1995, sachant que les jeux sont truqués. Il se présente à celles de 1999, après les garanties données par l'armée, et mène une grande campagne. Mais à l'approche du scrutin, il se retire avec cinq autres candidats, quand il devient évident que ni le président Liamine Zeroual, ni le commandement de l'armée, n'ont tenu leur parole en vue d'assurer des élections libres.

Hamrouche envisageait l'idée de créer un parti dans la dynamique créée par la campagne électorale. Mais il abandonne cette idée lorsqu'il constate que le jeu politique est totalement verrouillé. Créer un parti serait une mystification, dit-il. Le temps lui donne raison: le pouvoir refuse de donner leur agrément à des partis créés dans une stricte légalité.

Mouloud Hamrouche est, comme il le dit lui-même, « un fils du système », qui peut à la fois assumer son passé, et se prévaloir d'avoir mené les seules vraies tentatives de le changer. Réservé, presque timide, il a un sens de l'écoute et de l'observation exceptionnel.

La paix, une hantise

Son sens de l'observation et sa finesse d'analyse lui permettent de déceler tous les travers d'un régime basé sur l'armée et les services de sécurité. Autant dire sur l'autoritarisme, même si Mouloud Hamrouche reconnaît que ce régime a eu quelques réussites spectaculaires, sur le plan social notamment. Marqué par ce régime, il soutiendra une thèse en science politique, intitulée « le phénomène militaire en Afrique ». C'est depuis cette époque qu'il acquiert la conviction qu'un tel système ne peut vivre longtemps sauf par la force et la répression.

Mouloud Hamrouche soutient l'accord pour la paix, signé à Rome en janvier 1995, en soulignant que le document reprend les mécanismes prévus dans la constitution de 1989. En 1996, il signe, avec d'autres personnalités, un « appel pour la paix ».

Mais de manière générale, Hamrouche est plutôt discret. Devant l'inflation des mots et la dérive des normes et des valeurs, il préfère la lucidité du constat sans complaisance. Mais peu à peu, y compris en restant très discret, il impose son analyse dans le pays. Même les mots et les concepts qu'il lance s'imposent.

Des années après le départ de Hamrouche, différents gouvernements qui se sont succédé parlent toujours de réformes économiques, sans pouvoir leur donner un vrai contenu. L'analyse de Hamrouche sur le système et ses « clans » est devenue la plus connue pour parler du pouvoir. Et au moment où partisans et adversaires de l'implication de l'armée dans la sphère politique s'affrontaient, Mouloud Hamrouche a, encore une fois, imposé la vision la plus lucide et la plus politique : l'armée ne peut désigner les dirigeants politiques, mais elle doit rester partie prenante des mécanismes de décision.


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Sun, 30 Dec 2007 11:34:29 GMT http://bourorga.dzblog.com/article-206093.html
il a regné sur l'ALGERIE http://bourorga.dzblog.com/article-201992.html

Il a régné sur l'Algérie de 1965 à 1978

 

 

 

 

 

Les derniers jours de Boumediène

 

Jeudi 5 octobre 1978. Le temps est couvert sur Alger. Les rares passagers du vol régulier Alger-Moscou, prévu à 9h15, attendent tranquillement dans la salle d?embarquement lorsqu?ils aperçoivent trois limousines noires s?immobiliser devant la passerelle de l?avion.

 



De l?intérieur d?une des voitures s?extrait un homme emmitouflé dans son burnous brun avant de s?engouffrer dans l?appareil. Devant le cockpit, l?on a spécialement aménagé un petit coin pour permettre à cet homme de voyager confortablement. L?homme emmitouflé dans son burnous n?est autre que le président Houari Boumediène. Curieusement, on a dérogé au protocole qui sied à ce genre de cérémonie. Aucun ministre, aucun haut gradé de l?armée n?est venu saluer le départ du chef de l?Etat algérien. Hormis son entourage et une poignée d?officiels, personne ne devait savoir que Boumediène doit se rendre en URSS. Le secret doit être si bien gardé que les passagers qui devaient effectuer le voyage vers Moscou sont priés de rentrer chez eux. Seul un membre du gouvernement, Ahmed Taleb El-Ibrahimi, ministre conseiller auprès de la présidence de la République , médecin lui-même, fera partie de la délégation qui accompagnera le président. Pourquoi s?entourer d?un maximum de prudence ? Pourquoi cultiver tant de cachotteries autour d?un voyage d?ordinaire plutôt banal ? A vrai dire, Houari Boumediène est malade. Depuis quelques semaines, son état de santé est devenu si préoccupant que les médecins du Président ont pris la décision de l?évacuer vers un hôpital russe. Pourtant, l?été 1978 s?annonce plutôt radieux pour Boumediène. Au cours du mois de juillet, il se rend avec son épouse Anissa en Yougoslavie pour y passer ses premières vraies vacances. Depuis son accession au pouvoir en juin 1965, le raïs ne s?est jamais vraiment offert une grande plage de repos. Certes, ce célibataire endurci, ce casanier qui adore la compagnie de ses amis et fidèles, notamment Chérif Belkacem, Ahmed Medeghri et Abdelaziz Bouteflika, s?est marié avec une avocate de père algérien et de mère suissesse, mais il a rarement pu profiter des joies de la vie conjugale tant il est pris par ses fonctions. Ami intime du chef de l?Etat Yougoslave, Josip Broz Tito, Boumediène peut donc disposer en Yougoslavie des meilleures commodités qu?offre une luxueuse demeure dans une station balnéaire de la mer Méditerranée. La lecture, la baignade, le repos, la compagnie de son épouse, quoi de mieux pour remettre Boumediène d?aplomb. Mais voilà, en dépit du grand faste et des considérables égards dont il bénéficie lors de son séjour, le Président se sent mal. Il ressent de fortes douleurs au niveau de la tête, mais son entourage ne s?en inquiète pas outre mesure.

 



Boumediène incapable de gouverner

 



De retour de Yougoslavie, Boumediène reprend ses activités. Le 19 septembre, il reçoit le leader cubain, Fidel Castro, de passage à Alger avant de s?envoler à la fin du mois en Syrie pour prendre part au sommet des chefs d?Etat arabes. Malgré son état de fatigue, faisant fi des recommandations de son médecin, Boumediène ne veut, pour rien au monde, manquer cette importante réunion qui se tiendra à Damas. « Je tiens à être présent à ce moment. Rien ne pourra me faire changer d?avis », affirmera-t-il, en substance, à ceux qui lui demandent de ménager ses forces. Comme prévu, la conférence sera éreintante. Des heures interminables de discussions, de palabres, de débats et de rencontres en aparté épuisent Boumediène qui, pourtant, jouit d?une solide corpulence et dont les capacités de résistance au travail sont énormes. Une fois de plus, Boumediène se plaindra de temps à autre de ces satanés maux de tête qui l?empêchent de dormir. Sitôt la conférence achevée, Boumediène regagne Alger le 24 septembre. A l?aéroport, une délégation de hauts responsables l?attend au pied de l?avion. Curieusement, ni la télévision ni les journaux, d?habitude si prompts à rendre compte des moindres cérémonies officielles, se gardent de diffuser des images de cette cérémonie. L?absence d?images officielles ne soulève pas davantage d?interrogations, mais cela intrigue tout de même. Les jours passent et les douleurs deviennent de plus en plus insistantes si bien que Boumediène est contraint de limiter les visites sur le terrain, les audiences ainsi que les entretiens avec les membres du gouvernement. Depuis l?été 1978, pas moins de quatre Conseils des ministres ont dû être successivement annulés sans que l?on en connaisse les raisons. De hauts dirigeants étrangers débarquent à Alger sans qu?ils puissent rencontrer Boumediène. Ami de longue date de Boumediène, le vice-président du Vietnam, Nguyên Huu Tho, séjourne à Alger sans qu?il soit en mesure d?obtenir une entrevue avec le Président. Le mystère entoure le raïs. Bien sûr, tout cela intrigue tant que les chancelleries occidentales finissent par ébruiter l?information : Boumediène est dans l?incapacité de gouverner. Dans la capitale, les rumeurs se propagent et agrémentent les discussions du microcosme politico-médiatique. Chacun va de sa supputation. Boumediène aurait fait l?objet d?un empoisonnement lors de son séjour en Syrie. Le Mossad, services secrets israéliens, aurait intoxiqué le Président à l?aide de rayons déclenchés par le flash d?un appareil photo. Boumediène aurait fait l?objet d?une tentative d?un putsch dont il serait sorti blessé. L?hebdomadaire britannique Sunday Express s?en fera l?écho le 14 octobre en affirmant, grâce à une gorge chaude française, que le président algérien a fait l?objet d?un coup d?Etat fomenté par de jeunes officiers. Tout cela expliquerait-il donc sa disparition de la scène publique ? En réalité, Boumediène souffre d?une mystérieuse maladie. Après maintes analyses, ses médecins détectent enfin des traces de sang dans son urine et concluent à une hématurie, une infection qui se caractérise par la présence de sang dans les urines. Infection des reins ? Cancer du sang ? Les médecins demeurent perplexes. Pis, ils sont impuissants face au mal qui ronge Boumediène. Devant la persistance des douleurs, ses proches décident donc d?évacuer Boumediène vers Moscou. Pourquoi l?URSS plutôt que la France ou la Suisse , pourtant réputés pour leurs hôpitaux ultramodernes ? Le gouvernement algérien ne souhaite nullement que la maladie du Président soit rendue publique tellement il est vrai qu?une telle éventualité aurait des conséquences néfastes pour la stabilité de l?Algérie. Décision est ainsi prise de recourir à des soins dans un pays ami. Une fois l?accord des Soviétiques acquis, les vrais motifs du voyage devront rester dans la stricte confidentialité. Ce jeudi 5 octobre donc, Boumediène s?envole vers Moscou. Ce voyage sera l?ultime déplacement vers l?étranger. Contrairement aux usages, Boumediène refuse de se faire admettre dans une clinique spécialisée, où se font régulièrement soigner les apparatchiks soviétiques ainsi que les dirigeants des pays du tiers-monde, amis ou alliés de l?URSS. Il refuse même de recevoir les visites de ses collaborateurs. Les seules personnes qui ont le droit de l?approcher se comptent sur les doigts de la main. C?est le cas, notamment, d?Ahmed Taleb El Ibrahimi. On ne saura jamais les raisons d?une telle prudence de la part de Boumediène. Sans doute l?explication se justifierait par sa légendaire méfiance acquise durant les années de guerre et cultivée plus tard lors de son exercice du pouvoir.

 



Un séjour et des interrogations

 



Le 15 octobre, soit dix jours après son évacuation, un communiqué officiel de l?Agence de presse algérienne rompt enfin le silence. Une dépêche de l?agence officielle, APS, expédie la nouvelle en quatre lignes : « Le président Boumediène a quitté Alger à destination de Moscou pour une visite de travail. » On l?aura bien compris : la diffusion de cette information est destinée à couper court aux rumeurs et aux spéculations qui n?ont pas manqué d?alimenter la gazette du palais. Le lendemain, lundi 16 octobre, Alger donne davantage d?explications sur le voyage du Président ainsi que sur ses prétendues activités. On évoquera alors des entretiens entre Boumediène, Leonid Brejnev, président de l?URSS, et Alekseï Kossyguine, son chef de la diplomatie. Tant à Alger qu?à Moscou, tout nage dans une parfaite quiétude. Les Russes pousseront même leur sens de l?hospitalité jusqu?à annoncer, le 19 octobre, que le président Boumediène accepte de prolonger son séjour en URSS. Décidément, ce séjour moscovite de Boumediène devient de plus en plus suspicieux. Les différentes analyses effectuées par les médecins russes donnent les premiers résultats : Boumediène serait atteint d?une cryoglobulinémie, c?est-à-dire une affection qui se caractérise par la présence dans le sang d?une protéine anormale. Hélas, les médecins évoqueront également une autre pathologie, nettement plus grave. Pour la première fois, le diagnostic sera encore plus précis. Boumediène souffre de la maladie de Waldenstrِm, une infection très rare du sang, découverte par un chercheur suédois qui lui attribua son nom. Le mois d?octobre approche de sa fin. L?état de santé de Boumediène s?améliore. Il réclame auprès de lui son ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika. Les deux hommes doivent se concerter avant la tenue d?un important sommet arabe prévu dans la capitale irakienne. Fidèle parmi les fidèles de Boumediène, Bouteflika se rend donc à Moscou. L?ambassade d?Algérie à Moscou est assiégée par les reporters, tous venus à la pêche aux nouvelles. Mais alors qu?officiellement tout est fait pour accréditer la thèse d?un voyage d?affaires, un diplomate de la représentation algérienne va commettre la bourde de déflorer ce secret. Pressé par les journalistes de fournir de plus amples indications sur la présence de Boumediène en URSS, cet honorable diplomate lâchera devant les journalistes cette phrase : « L?état de santé du Président s?est beaucoup amélioré. » Jusqu?ici tenue secrète, la maladie de Boumediène devient un fait reconnu, une nouvelle admise officiellement. N?étant pas en mesure de prolonger longuement son séjour à Moscou, Bouteflika se rend directement à Baghdad pour assister à la conférence des chefs d?Etat arabes. Jusqu?à la dernière minute, les organisateurs ont attendu et espéré la présence de Boumediène, farouche défenseur des causes arabes, mais le raïs ne sera pas présent. Ce sera donc son ministre des Affaires étrangères qui présidera la délégation algérienne. Assailli de questions sur l?état de santé de Boumediène, Bouteflika est dès lors contraint d?admettre la réalité des faits avec des termes diplomatiques. « Le Président a seulement éprouvé le besoin de prendre du repos, car il était complètement exténué. Il n?avait pas pris un seul jour de congé depuis le 1er novembre 1954. Les médecins lui ont imposé un temps d?arrêt. Il reprendra incessamment ses activités », affirme-t-il. Des vacances en URSS en plein mois d?octobre ? Drôle d?endroit et encore plus, drôle de période pour des vacances. Bien sûr, à Baghdad, personne n?est dupe. Les diplomates arabes ont vite compris que Boumediène était malade. C?est d?autant plus vrai que quelques officiels syriens, ceux-là mêmes qui avaient accueilli le président algérien quelques jours plus tôt à Damas, ont perfidement laissé entendre, dans les couloirs des palaces de Baghdad, que Boumediène souffrait d?une maladie mystérieuse.

 



De grands frais pour soulager le président

 



A Moscou, le séjour de Boumediène commence à s?étirer. Devant l?incapacité des médecins russes à procurer des soins adéquats à l?illustre patient, l?entourage de Boumediène décide de rapatrier le Président. C?est ainsi que le 14 novembre, le quotidien El Moudjahid peut annoncer en grosse manchette : « Le président Boumediène est de retour à Alger ». Finis les ennuis de santé ? Loin de là? Affaibli et considérablement amaigri, Boumediène est contraint à un repos total. Malgré les soins intensifs qui lui seront prodigués, les douleurs persistent encore et encore. Elles seront tellement insupportables que ses apparitions publiques lui seront désormais prescrites. A l?aube du samedi 18 novembre, patatras ! Le Président est évacué d?urgence à l?hôpital Mustapha Bacha. Son cas est jugé grave. Très grave même. Boumediène plonge dans le coma. Aussitôt, l?hôpital d?Alger sera transformé en bunker. Les services de sécurité quadrillent les alentours et chaque entrée sera désormais filtrée et soumise à l?autorisation des cerbères de la sécurité militaire. Tout un quartier du vaste hôpital sera même entièrement réquisitionné. Sur une pancarte scotchée devant l?entrée de l?enceinte hospitalière, on peut lire « entrée interdite » et hormis les médecins et quelques officiels, nul n?est admis à y mettre les pieds. Progressivement, le gouvernement algérien met en branle une gigantesque opération médicale internationale. Rien ne sera trop beau ni trop cher pour soulager Boumediène de son mal. Des professeurs venus d?Europe, d?Amérique, d?Asie et d?Afrique débarquent dans la capitale algérienne pour se mettre au chevet du malade. Des appareils médicaux sophistiqués, au demeurant introuvables en Algérie, sont-ils nécessaires ? On les fera venir à grands frais. Les médecins éprouvent-ils des difficultés à embarquer vers Alger ? On affrétera l?avion présidentiel, un Mystère 20, pour les acheminer au chevet du Président. Des places manquent-elles pour loger tout cet aréopage de médecins ? Ils seront installés dans de luxueuses et confortables villas situées dans les quartiers chics de la capitale. Qu?importe le prix, des millions de dollars seront dépensés, pourvu que le Président puisse trouver une voie de guérison. Dans le pavillon réservé au patient, des dizaines de médecins de différentes nationalités se relayent aux côtés des professeurs algériens pour tenter de soulager Boumediène de son mal. Non loin de la salle où gît inconscient le Président, l?on a aménagé une chambre pour son épouse Anissa qui ne quittera presque plus l?hôpital. La fidèle, mais effacée, épouse veillera sur son mari comme une sorte d?ange gardien. Des journées durant, les médecins improvisent de véritables congrès médicaux internationaux dont l?objectif est aussi simple, tragique qu?impossible : faire revenir à la vie le président algérien. A quelques encablures de ces conclaves médicaux, se tiennent d?autres réunions, encore plus secrètes, moins informelles mais davantage décisives. Non loin de cet hôpital où agonise Boumediène, les membres du Conseil de la Révolution algérienne, instance mise en place par Boumediène au lendemain du coup d?Etat de 1965, se concertent, se consultent et échafaudent des scénarios. Bien sûr, rien ne filtrera de ces conclaves secrets. Rien ne sera rendu public jusqu?à ce lundi 20 novembre où le Conseil de la Révolution annonce publiquement « sa volonté d?assurer la direction du pays ». Bien que la vacance du pouvoir soit de fait assumée, personne n?osera prétendre officiellement à la succession de Boumediène. Mieux, personne n?osera admettre publiquement que le moment est venu pour parler de l?après-Boumediène. Les médias et les officiels appellent le peuple à la « vigilance ».

 



Les rumeurs circulent sur la mort de Boumediène

 



La population algérienne est invitée à se « montrer digne de l?épreuve que cruellement le destin lui a imposée, à faire montre de civisme et à faire confiance aux autorités du pays ». Les journaux ressassent inlassablement la même antienne : la mobilisation contre la réaction interne manipulée de l?étranger. Jeudi 23 novembre. Une semaine est déjà passée depuis son admission à l?hôpital. Boumediène est toujours dans le coma : « Paralysie des autres membres, inconscience totale, lésion possible à la base du cerveau ». Bien que le bulletin de santé soit plutôt critique, le gouvernement algérien refuse de s?avouer vaincu par la fatalité. D?éminents spécialistes continuent d?arriver à Alger. Le professeur Adams, neurologue américain de renommée mondiale, ainsi que le neurochirurgien anglais Crockart arrivent à la rescousse. Désormais, Alger devient la capitale de la médecine mondiale, dévouée à une seule cause, à un seul impératif : tout faire pour ramener Boumediène à la vie. Miracle. Le vendredi 24 novembre, celui-ci sort de son coma. Il est même en mesure d?esquisser quelques gestes. Il répond aux injonctions des médecins, ouvre les yeux et la bouche. Dès lors, l?espoir est permis. Le Président peut être sauvé, mais il faut faire encore plus. Quelqu?un suggère le nom du professeur Jan Gosta Waldenstrِm. Le professeur Waldenstrِm, médecin chef de l?hôpital de Malmِ en Suède, est reconnu par ses pairs pour être le spécialiste le mieux habilité pour traiter les infections liées au sang. N?est-ce pas lui qui a découvert cette terrible maladie dont on en sort rarement vivant ? Contacté par les officiels algériens, Waldenstrِm accepte de se rendre en Algérie. Il fera le voyage à Alger à bord de l?avion particulier du Président, ce fameux Mystère 20. La venue de Waldenstrِm laisse présager un bon espoir. Arrivé à Alger, le professeur suédois est aussitôt conduit à l?hôpital où il s?entretient avec l?équipe médicale installée depuis quelques jours. Après de longs entretiens, il peut enfin regagner sa résidence, mise à sa disposition au niveau du Palais du gouvernement, une somptueuse demeure mauresque nichée au c?ur d?Alger. Ce n?est que le lendemain que Waldenstrِm peut enfin consulter son illustre patient. Son diagnostic ne tarde pas à tomber : Boumediène est atteint d?une très grave maladie, pour tout dire, incurable. Cette vérité, Waldentrِm se garde de la divulguer aux journalistes étrangers. Secret médical, dit-il. Mais, cette vérité, il ne le cache pas aux rares officiels algériens qui seront autorisés à s?entretenir avec lui. Parmi les confidents du médecin suédois, le ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika, ainsi que l?épouse du Président, Anissa. A Bouteflika, Waldenstrِm tiendra le langage de la franchise et de la vérité. « Il n?y a rien à faire. Il faut attendre la mort », aurait-il déclaré. Le médecin de la dernière chance a donc délivré l?ultime message. Houari Boumediène n?a plus aucune chance de survie. Après avoir livré son diagnostic, Waldenstrِm émet le v?u de repartir chez lui, en Suède. Plus rien ne pourra sauver ce patient que les officiels veulent absolument ramener à la vie. Mais les officiels algériens refusent de désespérer. Le diagnostic du professeur Waldenstrِm n?étant pas une vérité absolue, il faudra donc tout tenter pour que le miracle puisse avoir lieu. Aussi, on fait appel à l?expertise et à la logistique des Américains. Aussitôt sollicité, le président Jimmy Carter fait montre de sa disponibilité et met à la disposition de l?Algérie un scanner dépêché directement de Californie. Le précieux matériel arrivera à l?aéroport d?Alger au moment même où le Mystère 20 de la Présidence algérienne s?apprête à décoller avec à son bord le professeur Waldenstrِm. Impuissant devant l?inéluctabilité de la mort, celui-ci avouera plus tard à un journaliste de Paris Match les raisons de son départ précipité. « Je n?ai plus rien à faire », dira-t-il. Le 28 novembre, Boumediène sombre de nouveau dans un coma irréversible. Il n?y a presque plus d?espoir parmi la cinquantaine de médecins qui se relayent jour et nuit autour du corps inanimé de Boumediène. En dépit des renforts de matériel sophistiqué, malgré les multiples soins prodigués au patient, son état demeure désespérément critique. Il perd du poids à vue d??il. Cet homme longiligne et légèrement grassouillet ne pèse aujourd?hui qu?une quarantaine de kilos. Dernière semaine de décembre. Les officiels décident de préparer l?opinion au pire. La presse évoque « la fatalité », comme pour signifier que Boumediène ne sortira plus jamais vivant de la salle d?hôpital où il gît depuis le 18 novembre. Mercredi 27 décembre, l?information tombe comme un couperet. Le président Houari Boumediène est mort. Le Conseil de la Révolution entre en réunion permanente. Objectif : organiser les obsèques de Houari Boumediène dans le calme et la sérénité. Avant de passer aux choses sérieuses. Vendredi 29 décembre. Au cimetière d?El Alia, une brochette de ministres, de hauts gradés de l?armée et de grands dirigeants du pays est alignée en rangs d?oignons face au cercueil du défunt. Dans un silence de cathédrale, tous arborent des visages de cire. Habillé d?un manteau noir, Abdelaziz Bouteflika, le ministre des Affaires étrangères, fidèle parmi les fidèles, fait la lecture de l?oraison funèbre. Moins de deux heures plus tard, la cérémonie s?achèvera tandis que commencera la vraie bataille pour la succession de Houari Boumediène.

 

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Mon, 10 Dec 2007 11:27:40 GMT http://bourorga.dzblog.com/article-201992.html
Houari BOUMEDIENE ou l'histoire d'un destin contrarié http://bourorga.dzblog.com/article-201989.html

Houari Boumediene où l’histoire d’un destin contrarié

 

 

 

Cette étude constitue une réflexion approfondie de la période 1965-1978 et apporte également un éclairage inédit sur certains aspects du parcours de Houari Boumediene depuis la création de l’EMG jusqu’à la maladie qui l’a emporté.

 

 

 

1) Le contexte historique de la prise de pouvoir par Houari Boumediène

 

 1. Alors que l’Algérie traverse une phase particulièrement difficile de son histoire, un Conseil de la révolution, constitué de 26 membres, ayant à sa tête l’ancien chef de l’EMG de l’ALN, le colonel Houari Boumediene renverse le 19 juin 1965 le président de la République , Ahmed Ben Bella (élu le 8 septembre 1962 au suffrage universel) et prend le pouvoir.
 2. Les raisons alléguées pour justifier le coup d’Etat, qualifié par l’historiographie officielle de « sursaut révolutionnaire », sont en substance les suivantes :
 « mettre fin à la mauvaise gestion du patrimoine national »,
 « faire cesser la dilapidation des deniers publics »,
 « lutter contre l’instabilité, la démagogie, l’anarchie et l’improvisation comme procédés de gestion », cependant que les mesures de redressement annoncées visent à :
 a) « assurer le fonctionnement des institutions en place et la bonne marche des affaires publiques » ;
 b) « réunir les conditions pour l’instauration d’un Etat démocratique sérieux, régi par des lois et fondé sur une morale. Un Etat qui saura survivre aux événements et aux hommes. »
 3- Les signes avant-coureurs de la crise étaient décelables dès 1963, à travers l’insurrection de la Kabylie fomentée par le leader historique Hocine Aït Ahmed, le conflit frontalier avec le Maroc, la dissidence du chef de l’ex-Wilaya VI (devenue à l’indépendance la 9e Région militaire), le colonel Chaâbani, l’organisation de l’opposition autour du FFS et du PRS (dirigé par Mohamed Boudiaf), sous l’appellation de Comité national pour la défense de la révolution, cependant que se dégradait la situation économique et sociale. Révélant au grand jour l’incapacité du régime à y porter remède.
 4. Plus profondément, « le sursaut révolutionnaire » du 19 juin 1965 correspond à une situation de blocage entre les groupes en concurrence pour l’exercice du pouvoir d’Etat. Le consensus tactique qui liait les dirigeants du FLN, divisés en clans et en factions, ne pouvait survivre à la proclamation de l’indépendance. Bien que handicapé par une légitimité historique controversée mais détenteur au cours des dernières années de la Guerre de libération nationale du « leadership instrumental », le colonel Houari Boumediene semble être la seule autorité à pouvoir faire cesser le début d’anarchie qui affecte les rouages de l’Etat et mettre fidèlement en œuvre les idéaux de la révolution de 1954. L’Etat n’est plus en mesure d’assurer sa propre continuité et il confie la direction du pays à un homme qui saura s’affranchir des relents du wilayisme encore à l’œuvre au sein des élites politiques et qui était déjà préparé dans le sillage du combat contre le colonialisme à assumer la conduite des affaires publiques dans la paix et la stabilité retrouvées.
 5. Il est peu contestable que l’accession au pouvoir de Houari Boumediene ne s’est pas opérée sans que fut malmenée la légalité existante, à laquelle succédera une nouvelle organisation institutionnelle qui sera mise en place le 10 juillet 1965. Pour autant, les options fondamentales consacrées par le programme de Tripoli (1962) ainsi que par la Charte d’Alger (1964) sont réitérées et sauvegardées. Dans le même temps où il jette les bases d’une nouvelle organisation des pouvoirs publics, le président Houari Boumediene en appelle aux masses populaires qui n’avaient guère pu participer au changement institutionnel de juin 1965, et qui, alors même qu’elles se trouvent dessaisies de toute expression politique ne vont pas moins approuver le coup d’Etat et surtout les décisions institutionnelles qui seront prises ultérieurement. C’est ainsi que le rôle prépondérant dans la conduite du processus révolutionnaire qui devait échoir à une petite bourgeoisie hétérogène ayant encadré le mouvement national lui sera restitué alors qu’elle se trouvait en butte à la menace des décisions historiques sur l’autogestion (22-28 mars 1963) et la pression très forte exercée par un sous-prolétariat numériquement important issu des masses paysanes.
 6. Il est impossible d’évoquer le coup d’Etat du 19 juin 1965 sans traiter de la question de la légitimité historique. La place nous manque ici pour aborder le sujet avec quelques soins (nous renvoyons le lecteur à notre ouvrage à paraître fin 2007 sur « Contribution à un généalogie de l’Etat algérien des XIXe et XXe siècles. Essai sur l’archéologie du pouvoir d’Etat dans la société algérienne post-coloniale »). H. Boumediene était-il moins légitime que Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf, et surtout que Ramdane Abane, Larbi Ben M’hidi, Boudjemaâ Souidani, le colonel Lotfi, etc ? La question est trop complexe pour être traitée ici autrement que sous forme de quelques rappels que beaucoup d’historiens se gardent de faire par souci de discréditer l’armée des frontières et surtout son chef. Cette vision ne procède pas d’une démarche objective. Quelques brèves observations à se sujet.
 a) La notion d’historique est une chimère. Pour qui a un tant soit peu lu la littérature consacrée à la genèse du mouvement national, entamé dès les années 1920, aucun dirigeant du FLN ne peut se targuer de la qualité d’historique, sauf à nier injustement les sacrifices énormes consentis par des dizaines de milliers d’Algériens que la clandestinité avait contraint à l’anonymat. Seuls ceux qui ignorent l’histoire réelle peuvent se satisfaire des grilles de lecture de l’historiographie officielle mettant en avant des hommes dont le mérite était souvent inférieur à celui de beaucoup de militants (en tout premier lieu ceux du PPA-MTLD) et de moudjahidine anonymes.
 b) Le président Boumediene a toujours été respectueux de la légalité révolutionnaire. Et la création de l’Armée des frontières ne relevait pas d’une dérive prétorienne du mouvement national qui aurait été délibérément voulue aux fins de saper l’autorité des institutions de la révolution (CNRA, GPRA ou CIG), à l’inverse de ce qu’affirme la thèse d’un éminent historien du mouvement national (Gilbert Meynier). Aucun historien ne peut se dissimuler qu’à partir de 1959-1960, ni le GPRA ni le CNRA ne disposent des moyens de commander aux événements faute d’autorité morale, politique et bien évidemment militaire, cependant que les combattants des wilayas de l’intérieur sont totalement abandonnés et la négociation de l’indépendance avec l’Etat colonial envisagée sans leur participation. Au même moment se structurent de clans et des factions sous la supervision de nombre d’« histoires » qui sont uniquement soucieux de se constituer des clientèles et dont le sort de l’Algérie ne constitue pas la préoccupation principale (V.M. Harbi dans l’ensemble de ses travaux).
 c) Se tenant en retrait de cette funeste comédie, H. Boumediene observe, analyse, évalue. Il acquiert assez rapidement la conviction que si le pouvoir échoit, au lendemain de l’indépendance à des coteries et des camarillas, il en sera fini de la révolution algérienne, que s’installeront rapidement les prodromes de la guerre civile et que le chaos se généralisera à l’ensemble du territoire. Or le président Boumediene est le seul homme puissant grâce à l’armée qu’il a constituée lui-même (il s’agissait d’un stratège militaire hors du commun et d’un visionnaire incomparable) à pouvoir incarner la continuité de la révolution algérienne. Sur ce point, qu’il soit permis à l’auteur de ces lignes d’avancer une thèse inédite en la matière qui entend couper court à l’idée trop souvent reçue que H. Boumediene était de ceux (à l’instar de Boussouf, Bentobal ou Krim) qui voulurent inverser le paradigme ramdanien de la supériorité du politique sur le militaire. Rien n’est plus inexact s’il y a bien un homme qui sut appliquer à la lettre la règle d’or posée par Abane au Congrès de la Soummam. Celle de la subordination du militaire au politique, c’est bien H. Boumediene. Pour l’ancien chef de l’EMG, l’armée n’est qu’une institution au service du politique, pour autant que celui-ci soit légitime et poursuive la réalisation de l’intérêt national. C’est au politique de fixer les fins de l’action de l’Etat, les militaires ne devant que s’y plier. Que ce soit durant son combat contre l’armée coloniale ou après sa prise du pouvoir en 1965, H. Boumediene veillera constamment à ce que l’élaboration et la conception de la politique de la nation soient définies par les politiques et seulement par eux. N’est-il pas d’ailleurs symptomatique que les politologues algériens les moins suspects de sympathie à l’égard de Boumediene (M. Harbi ; L. Addi) aient systématiquement récusé la qualificatif de « dictature militaire », appliqué à cette période (cette prise de position constante les honore du point de vue de la rigueur intellectuelle).

 

 

 

 II . Le projet global de société incarné par Boumediène : Fidélité à la proclamation du 1er novembre 1954 et aux autres décisions historiques du FLN-ALN

 

 7. On va voir qu’à travers les profondes réformes engagées sur le terrain, c’était tout un projet de société que H. Boumediene entendait mettre en œuvre. Quelque opinion qu’on ait du bilan du président Boumediene (nous y reviendrons plus loin), force est de constater que la récupération des richesses naturelles (1966 et 1971), la Révolution agraire, la participation des ????? à la gestion de leurs entreprises, la démocratisation de l’enseignement donnaient un contenu concret aux principes contenus dans la proclamation du 1er Novembre 1954 ; autrement dit H. Boumediene n’a eu de cesse de rester fidèle à la raison d’être même du combat mené par le peuple algérien pour se libérer de la domination coloniale et accéder enfin à la dignité et au bien-être.
 8. Afin de soumettre la bourgeoisie bureaucratique algérienne qui entendait conforter ses assises au lendemain de l’indépendance, sans se soucier de la question de sa légitimité populaire, le président Boumediene réorganise les institutions politiques de la Société civile, de façon à faire obstacle à la mainmise de cette bourgeoisie et de ses relais sur les leviers de commande de l’Etat et l’empêcher d’instaurer son hégémonie sur les institutions. Plus que la GSE , c’est la Révolution agraire (RA) qui constituera le test le plus significatif de la volonté politique de H. Boumediene de structurer la Société algérienne en s’adossant aux principaux acteurs du changement social : les fellahs, les travailleurs, les intellectuels et l’ensemble de forces sociales qui adhèrent au projet de transformation de la société algérienne.
 9. On se gardera de croire que le concept de RA a été forgé ex-nihilo par H. Boumediene. Ce concept figure expressis verbis dans le programme de Tripoli. Par RA, les pères fondateurs de la révolution algérienne entendaient à la fois la réalisation d’une vaste réforme agraire, l’instauration de nouveaux rapports de production dans l’agriculture et la sauvegarde du patrimoine foncier national. Le président Boumediene était en phase avec le programme de Tripoli qui insistait sur la nécessité de coordonner les efforts réalisés grâce au développement agricole avec le lancement de l’industrialisation qui constituait également une priorité de l’équipe dirigeante.
 10. L’échec de la RA , patent à la fin des années 1970, ne doit pas servir de prétexte pour instruire un procès en incompétence du président Boumediene, tentation à laquelle cèdent trop souvent les historiens contemporains. H. Boumediene avait d’emblée compris à quelles conditions la RA pouvait réussir dans sa prétention à transformer radicalement les conditions de vie et de travail des paysans et à servir de locomotive à l’industrie. En particulier, il redoutait l’emprise des appareils bureautiques sur les opérations de mise en œuvre de la RA au détriment des producteurs directs.
 11. Les convictions de H. Boumediene ne reposaient sur aucune dogmatique et n’étaient enfermées dans aucun carcan bureaucratique. Elles s’appuyaient sur des analyses scientifiques irréfutables à cette époque, selon lesquelles le développement du secteur industriel était conditionné par le développement d’une agriculture préalablement socialisée. En outre, la formule coopérative semblait la mieux adaptée à la situation de la paysannerie algérienne dans la mesure où elle conférait aux coopérateurs le maximum d’autonomie. Mais tout à l’opposé de ce schéma, les premières années de l’expérience de la RA ont fait apparaître de nombreux dysfonctionnements et insuffisances au niveau des institutions locales ainsi qu’au niveau de l’appareil judiciaire qui seront vigoureusement dénoncées par le président du Conseil de la révolution.
 12. Le président H. Boumediene voulait à la fois limiter la constitution d’une organisation pyramidale qui aurait fonctionné unilatéralement du sommet à la base et une planification de type autoritaire qui aurait fait bon marché des intérêts des producteurs et de leur autonomie de décision. A l’inverse, il n’était pas question, compte tenu de la portée assignée à la RA , de s’en remettre aux seuls paysans d’organiser les différentes étapes inscrites au programme de la RA en les livrant ainsi à leurs seules initiatives. Le centralisme bureaucratique tout comme la liberté anarchique n’avaient pas leur place dans la conception, l’élaboration et l’application d’une entreprise destinée à transformer de fond en comble le monde rural.
 13. Le parallélisme avec l’expérience chilienne tentée au début des années 1970 par le président Salvator Allende est très tentant, encore que l’on doive rappeler que le président Boumediene avait mis en garde le président chilien contre les illusions de sa stratégie de conquête du pouvoir pour imposer le socialisme. Toutefois, comme au Chili, H. Boumediene a voulu assurer un passage sans à-coups au socialisme. Au Chili, l’Unité populaire de S. Allende avait refusé les débordements du Mir et parié sur la neutralité de l’institution militaire, tout en s’efforçant de respecter les règles de la légalité bourgeoise. En Algérie, le président H. Boumediene n’a pas cherché à répudier en bloc les institutions officielles mais seulement, à pas comptés, les contourner par celles auxquelles il voulait faire jouer un rôle d’impulsion de la révolution socialiste (essentiellement les organisations de masse), et ce, en fonction des luttes sociales qui étaient engagées sur le terrain.
 14. Pour autant, l’analyste doit faire justice du procès, trop souvent instruit contre H. Boumediene, qu’il n’aurait pas été un véritable homme d’Etat. Certes, le président algérien n’était pas omniscient et sans doute également n’avait-il pas eu la prescience des conséquences qu’allaient induire ses choix politiques du milieu des années 1960. Mais d’une part, tous les gouvernants, sans exception à travers l’histoire ont eu besoin de recourir à une doctrine pour donner sens et cohérence à leur action ; d’autre part, H. Boumediene était, à l’origine, l’otage des principes inaccessibles posés par la Révolution algérienne qui voulaient que seule la voie de développement non capitaliste pouvait garantir à l’Algérie, prospérité, richesse et croissance. Pour autant, la doctrine sur laquelle H. Boumediene s’appuiera et qu’incarnaient les « industrialistes » était complètement déconnectée des réalités nationales, dans la mesure où la mise en œuvre de l’industrialisation avait été conçue comme une greffe du modèle d’organisation économique et technique occidental sur des structures sociales inaptes à les recevoir. Il faudra attendre 1977 pour que fussent percées à jour les aberrations que charriait cette vision surréaliste des besoins et des moyens réels de l’Algérie.
 15. Quant à la fidélité de Houari Boumediene aux lourdes tables de la loi que portaient la proclamation du 1er Novembre 1954, la plateforme de la Soummam d’août 1956, le programme de Tripoli et la Charte d’Alger, la question se pose de savoir quel jugement l’histoire aurait porté sur lui s’il avait décidé de s’en affranchir, et d’abord de quelle légitimité il eut pu se prévaloir pour imposer des choix économiques totalement en contradiction avec ceux ouvertement proclamés par les pères fondateurs de l’Etat virtuel algérien, à commencer par le plus légitime d’entre eux, à savoir Abane Ramdane. Le président Boumediene était socialiste dans la fidélité aux options idéologiques et politiques qui transcendaient largement ses choix subjectifs.
 16. C’est sans doute ici le lieu de rappeler que le qualificatif de nationaliste populiste accolé au président Boumediene (H. Harbi) ne correspond que très imparfaitement à la réalité des choses. Même si la phraséologie de H. Boumediene empruntait trop souvent au mythe du grand soir (il s’agissait pour lui de mobiliser les populations), il restait avant tout soucieux de réalisations concrètes. Nombre d’esprits savants affectent de croire qu’il était facile au sortir d’une longue nuit coloniale de mettre en place des institutions efficientes de créer quasiment ex-nihilo des traditions économiques et industrielles, et d’entraîner toute une société recrue d’épreuves et d’humiliations. Le président Boumediene était indéniablement un homme d’Etat auquel avait fait défaut la plus précieuse et la plus rare des ressources dont aucun bâtisseur ne peut se passer, le temps.

 

 

 

 III. La prise de conscience des impasses du volontarisme politique

 

 16 bis. Sur la loi de plusieurs rapports accablants qui lui sont présentés au dernier trimestre 1976. Le président Boumediene est contraint de prendre acte des échecs retentissants de sa politique, qu’il s’agisse du modèle de développement économique et social, de la RA ou de l’arabisation. Plus concrètement, ces échecs se traduisent par une détérioration des conditions de vie des Algériens (notamment pour l’accès au logement) et le déphasage entre la modicité relative des infrastructures de base au regard de l’évolution démographique la plus élevée au monde, les effets pervers, décelables dès la fin des années 1960, avaient constamment été sous-estimés.
 17. Un an et demi avant sa mort, le président H. Boumediene remanie les structures du gouvernement, revient sur le modèle économique en vigueur, décide de mettre fin à une politique d’arabisation outrancière et démagogique (la désignation de Mostéfa Lachraf comme ministre de l’Enseignement fondamental est emblématique à cet égard), instaure un numerus clausus à minima à l’entrée de l’université pour prévenir sa clochardisation. Ces mesures annonçaient des réformes de structure plus profondes qui devaient être initiées à partir de 1979. On ne peut citer ici que les principales :
 rompre l’isolement international de l’Algérie ;
 associer le secteur privé au redémarrage de l’économie ;
 accueillir les investissements étrangers dans le cadre d’une réglementation de contrôle ;
 affecter le produit de la rente pétrolière prioritairement à la satisfaction des besoins sociaux (notamment dans le domaine de l’habitat) ;
 mettre un coup d’arrêt à une industrialisation onéreuse hautement capitalistique, peu créatrice d’emplois et foncièrement incapable de générer des synergies positives ;
 préparer de façon progressive et responsable la libéralisation du champ politique en commençant par renforcer les libertés individuelles et collectives (le président Boumediene s’apprêtait à élargir tous les prisonniers politiques, supprimer l’autorisation de sortie du territoire, les juridictions d’exception, légaliser les formations politiques qui activaient dans la clandestinité, promouvoir le mouvement associatif autonome, etc.).
 18. Le président Boumediene était porteur d’un projet de transformation de la société algérienne, même si ce projet avait partie liée au rêve et n’était pas exempt d’illusion lyrique. Il y a en tout cas deux thèses qui ne peuvent obtenir créance auprès de l’historien scrupuleux. Ces deux thèses sont défendues par l’historien Mharbi. La première est que la politique de Houari Boumediene a contribué à « l’accentuation de la désarticulation des rapports sociaux ». Cette thèse n’est pas acceptable dans la mesure où l’œuvre de H. Boumediene n’était pas de type kemaliste ou inspirée de « la révolution blanche » du shah de 1963. H. Boumediene n’entendait pas laïciser la société algérienne et excluait que la sécularisation de l’espace public vint heurter les traditions et les habitudes des populations algériennes. Il était encore plus soucieux des pesanteurs sociologiques que ne le put en Egypte le colonel Nasser dans les années 1950 qui ne se fit pas faute de persécuter les Frères musulmans. On ne peut à la fois, sans verser dans un paradoxe intenable, faire grief au président Boumediene d’avoir brutalisé les structures sociales existantes, d’une part, et d’avoir multiplié les concessions à l’égard des courants les plus conservateurs de la société, d’autre part. Enfin, à aucun moment l’Islam n’a été instrumentalisé à l’époque de H. Boumediene. Ce dernier recherchait inlassablement à concilier tradition et modernité, ce que réussit fort bien en Tunisie le président Bourguiba, mais dans un contexte socioculturel qui était éminemment favorable à cette symbiose.
 19. Dans le même temps, il est vraisemblable que l’ancien président du Conseil de la révolution, gagné par l’amertume et le ressentiment devant l’enthousiasme déclinant des fellahs et des travailleurs du secteur public, cherchait à faire émerger d’autres forces et favoriser l’émergence d’un nouveau pacte social national à la faveur des bouleversements qu’il voulait introduire, avec une forte dose de volontarisme dans les rouages de l’Etat et des autre institutions de la société. Le président Boumediene confessait même, à mots à peine couverts vers la fin de l’année 1977, qu’il s’était mépris sur le dynamisme et la volonté de construire l’Algérie indépendante qu’il avait prêtés aux forces vives de la nation.
 20. La deuxième thèse encore moins défendable : c’est celle de l’extériorité de l’Etat par rapport à son champ social. Comment peut-on affirmer qu’un Etat qui transforme le monde rural, industrialise le pays, démocratise l’enseignement, instaure la médecine gratuite, engage la bataille pour la récupération des ressources naturelles en sanctuarisant la rente pétrolière est un Etat extérieur par rapport à son champ social ? Le débat reste en revanche ouvert sur le degré d’adhésion des populations au projet socialiste (encore que la popularité de H. Boumediene fut très grande, notamment auprès des jeunes et des intellectuels) ainsi que sur le degré d’implication des élites dirigeantes à la mise en œuvre concrète de ce projet. A cet égard, il est indéniable que le président Boumediene n’a pas pu se hisser au-dessus des clans et des factions qui étaient à l’œuvre au sein des appareils d’Etat et qu’il n’a pu empêcher le jeu des forces centrifuges qui cherchèrent à le déstabiliser, à partir de 1977, sitôt qu’il eut exprimé sa détermination de « nettoyer les écuries d’Augias ».
 21. C’est surtout l’Etat rentier clientéliste de son successeur qui deviendra rapidement extérieur par rapport à son champ social, non seulement parce que la plupart des institutions tomberont en déshérence, mais également parce que cet Etat sera l’objet d’une vive contestation populaire qui trouvera dans l’islamisme politique émergent à la fois un refuge à ses frustrations existentielles et une alternative sociétale globale et cohérente. On doit cependant à la vérité de dire que l’ancien chef du gouvernement Mouloud Hamrouche, qui est un authentique nationaliste, avait sincèrement cherché à réformer la société algérienne que ce soit dans le domaine économique, politique et dans celui qui constitue un acquis inestimable, la liberté de la presse. A lui également, le temps a cruellement manqué.

 

 

 

 IV. La tragique méprise

 

 22. Quelle que soit l’admiration que l’on est en droit de vouer au président Boumediene et quelle que soit surtout l’affection que l’on peut avoir pour cet homme sensible, profondément humain et si charnellement lié à sa terre algérienne, l’objectivité et l’honnêteté intellectuelle commandent que l’on adresse deux critiques radicales à son action : la première est son absence de vigilance à l’égard des anciens officiers issus de l’armée coloniale (les DAF) ; la deuxième est sa sous-estimation (à notre sens exagérée) des contraintes géopolitiques régionales.
 Sur l’opportunité d’associer les DAF à la construction de l’Etat algérien
 24. Ce n’est pas le lieu de rappeler les circonstances dans lesquelles plusieurs centaines d’officiers et de sous-officiers démissionnent des rangs de l’armée coloniale pour rejoindre l’ALN des frontières (et non bien évidemment les wilayas de l’intérieur) à un moment où les perspectives de l’indépendance sont déjà tracées et le principe de l’autodétermination du peuple algérien acquis (1959-1960). Le président Boumediene balaie d’un revers de la main les mises en garde que lui adressent deux moudjahidine de la première heure, les colonels Tahar Zbiri (alors chef d’état-major de l’ANP) et le colonel Saïd Abid (alors commandant de la 1re RM) contre l’idée d’associer les DAF à l’édification du nouvel Etat et marque sa volonté d’utiliser ces derniers comme de simples encadreurs techniques de l’ANP, en raison de leurs compétences supposées ou réelles dans le domaine de l’organisation militaire. Il n’était évidemment pas question de reconnaître quelque légitimité historique que ce soit aux DAF, puisqu’il s’agissait de ralliés du dernier quart d’heure. La question n’est pas de savoir sur le ralliement de ces hommes à la Révolution algérienne était ou non sincère et dans l’hypothèse où l’administration coloniale avait béni ces transfuges, dans quel dessein elle l’aurait fait ? L’indépendance de l’Algérie étant devenue inéluctable, il était a priori sans objet pour le général de Gaulle de chercher à introduire une sorte de cheval de Troie dans l’armée algérienne sauf s’il avait imaginé des plans à long terme pour l’Algérie, ce que n’atteste aucun document d’histoire. On ne peut davantage attribuer aux DAF quelque rôle que ce soit, positif ou négatif, dans l’histoire algéro-française depuis l’indépendance, surtout si l’on admet qu’en 45 ans de relations, les périodes de ressac entre la France et l’Algérie ont été suffisamment nombreuses, voire durables (surtout après l’interruption du processus électoral en janvier 1992) pour que l’on se garde de la tentation de mettre au débit des DAF une quelconque inféodation à la France au détriment des intérêts de l’Algérie. Là aussi, aucun document historique ne corrobore cette thèse qui revient pourtant de façon récurrente.
 25. Toujours est-il, qu’à son insu, Houari Boumediene va permettre à une frange des DAF de se constituer en groupe homogène. Au lendemain de sa disparition. Un collège de décideurs influents exercera un rôle de premier plan dans la cooptation des élites dirigeantes ainsi que dans les choix économiques, sociaux et culturels nationaux. Le bilan qu’il est permis d’en faire, au moment où le FIS s’apprête à prendre le pouvoir par le seule voie des urnes, n’est pas élogieux, il s’en faut de beaucoup. Sur la sous-estimation des contraintes géopolitiques régionales
 26. Elle conduit le président algérien à pratiquer ce qui est ressenti aussi bien au Maghreb, dans le monde arabe qu’en Occident comme une dangereuse surenchère. Au Maghreb, le président Boumediene se montre intraitable sur le chapitre du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, contribuant à la création de la RASD , après avoir fait une interprétation a maxima de l’avis consultatif de la CIJ du 16 octobre 1975 qui avait considéré qu’il n’existait pas de liens de souveraineté territoriale entre le Sahara occidental et le royaume du Maroc, d’une part, l’ensemble mauritanien, d’autre part. Les relations avec le Maroc sombrent assez tôt dans l’état de belligérance (Amgala I et Amgala II) et deviennent foncièrement conflictuelles avec la Mauritanie (après les menaces personnelles adressées par Boumediene au président Ouled Daddah auquel il rappelle l’appui de l’Algérie à l’indépendance de la Mauritanie et l’aide multiforme qu’elle n’eut de cesse d’apporter au peuple mauritanien) cependant que se distendent également très vite nos rapports avec la Tunisie et la Libye. N ’ayant pu faire disputer la suprématie de l’Egypte dans la région par le roi Fayçal, que H. Boumediene avait retourné opportunément à sa cause, mais dont l’assassinat en 1975 compromettra définitivement le projet boumedieniste de reconfiguration politique du Proche-Orient, le président algérien n’entend pas prendre acte du rapprochement égypto-israélien et constitue sous sa houlette une sorte de front du refus (composé exclusivement de l’Algérie, de la Syrie et de l’OLP). Il s’aliène définitivement, en 1977, les pays arabes du Golfe auxquels il dénie à chacun d’eux la qualité même d’Etat nominal et assène de virulentes critiques aux autres pays arabes qui cherchent à instrumentaliser la cause palestinienne à des fins strictement partisanes. Dans le même temps, H. Boumediene refuse d’infléchir son attitude critique à l’égard des Etats-Unis d’Amérique, il le dira au docteur Kissinger en 1976, et s’il conçoit quelque amertume à l’endroit de la visite officielle manquée du président Giscard d’Estaing, en avril 1975, il s’y résignera rapidement, reportant sur la gauche française qui semble à l’orée de son accession aux affaires pour la première fois sous la Ve république ses espoirs d’un normalisation durable avec la France (visite de F. Mitterrand, alors premier secrétaire du PS en février 1976). 27. Le président Boumediene ne prend véritablement conscience du superbe isolement de l’Algérie qu’au début de l’année 1978. Il avait déjà abondamment nourri l’exaspération du « monde libre » en prenant la tête d’une croisade anti-impérialiste à travers les nationalisations pétrolières de 1971, la crise pétrolière de 1973 puis les revendications en faveur d’un nouvel ordre économique international de 1975. Il ne lui restait qu’à prétendre au leadership sur le Maghreb et le monde arabe (surtout après la visite du président Saddat en Israël, en 1977 et en prévision des accords de camp David de 1978) pour apparaître aux yeux de l’ensemble des Etats de la région comme l’homme à abattre. 28. C’est peut-être de sa prétention à vouloir faire de l’Algérie une puissance régionale incontournable que H. Boumediene est mort. Foudroyé par une maladie réputée atteindre des sujets plus âgés et dont l’issue lorsque le mal est médicalement pris en charge est précédé d’importantes périodes de rémission.

 

 

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Mon, 10 Dec 2007 11:24:32 GMT http://bourorga.dzblog.com/article-201989.html
maladie de wadenstrom http://bourorga.dzblog.com/article-200879.html Maladie de Waldenström

 

 

 

I Définition

 

Il s’agit d’une prolifération lymphocytaire monoclonale B se caractérise par une infiltration des organes lymphoïdes périphériques et de la moelle osseuse par une population lymphoplasmocytaire monoclonale sécrétant presque toujours une IgM monoclonale (d’où le nom de macroglobulinémie).

 

 

II Epidémiologie

 

L’âge moyen est de 60 ans. La maladie touche plus d’hommes que de femmes : le sex ratio est de 2,5/1. L’incidence est de 2-4 nouveaux cas /an/106 habitants. La cause de la maladie est inconnue. Elle peut affecter plusieurs sujets d’une même famille. Les rares études cytogénétiques font ressortir trois anomalies chromosomiques prévalentes : la trisomie 12, la délétion 13q, les anomalies en 14q32.

 

 

III Circonstances de découverte

 

  A Formes latentes La macroglobulinémie de Waldenström peut être découverte fortuitement par une augmentation de la vitesse de sédimentation (pseudo VS par formation de rouleaux érythrocytaires [1]) (elle doit imposer la réalisation d’une éléctrophorèse des protéines sériques) ou un syndrome anémique.
Le début de la maladie est insidieux.

 

  B Etat général L’état général est la plupart du temps peu modifié. Les patients peuvent se plaindre d’une asthénie, sans fièvre et sans amaigrissement. Une altération de l’état général doit faire rechercher l’existence d’un syndrome anémique ou d’une insuffisance médullaire.

 

  C Signes liés à l’IgM monoclonale

 

  • a Le syndrome d’hyperviscosité
    Il s’agit d’un syndrome d’hyperviscosité d’origine plasmatique liée à une hyperglobulin&eacu